Incendies 2026 : la France était-elle vraiment prête ?

Incendies : avions indisponibles, moyens dispersés, volontaires mobilisés dans l’urgence, pompiers blessés. Après l’été 2026, une question s’impose : étions-nous vraiment préparés ? Et surtout, en avons-nous eu pour notre argent ?

Au cœur de l’été 2026, alors que les incendies se multipliaient, une polémique a éclaté sur le nombre réel de Canadair disponibles.

La France en possède douze. Le 24 juillet, seuls cinq étaient en état de voler. Le lendemain, on annonçait sept. Depuis le 21 juillet, jamais plus de huit appareils sur douze n’ont été opérationnels au cours d’une même journée. Le Monde.fr
La question n’est pourtant pas de savoir s’il en fallait cinq, sept ou huit.

La vraie question est beaucoup plus simple :
comment un pays qui sait chaque année que l’été arrive, que les feux peuvent se multiplier et que plusieurs départements peuvent brûler en même temps peut-il découvrir, au cœur de la crise, combien de ses avions sont réellement disponibles ?

Si un feu est imprévisible.
L’état de nos moyens ne devrait pas l’être.

Les Canadair ne sont peut-être que le début du problème

Si une partie importante de la flotte aérienne était indisponible, il faut maintenant s’interroger aussi sur ce qu’il en était du reste.

Quel était, avant l’été, l’état réel des véhicules de lutte contre les feux ? Combien étaient opérationnels ? Quel était leur âge ? Combien étaient immobilisés ? Quels équipements manquaient ?

Pendant l’incendie de Saumos, la mobilisation a été considérable : jusqu’à 3 300 sapeurs-pompiers, 24 moyens aériens, 1 500 militaires et d’importants moyens terrestres ont été engagés. La préfecture recensait également 105 engins forestiers, 55 têtes d’abattage, 15 bulldozers, 30 porteurs de bois et plus de 20 débroussailleurs. Gironde Gouv

Mais mobilisation ne signifie pas nécessairement préparation.
Combien de ces moyens étaient identifiés, disponibles et intégrés à un plan avant que le feu ne parte ? Combien ont dû être regroupés dans l’urgence ?

C’est là que commence le véritable retour d’expérience.

Où étaient les hommes ?

Nous sommes aujourd’hui capables de localiser un téléphone avec une grande précision.

Google Maps, Waze et d’autres outils permettent de connaître presque instantanément une position, l’état d’une route ou un itinéraire.

Nous disposons également de drones capables de surveiller une zone pendant des heures. Le MQ-9 Reaper utilisé par l’armée française peut voler à 14 000 mètres et possède une endurance opérationnelle d’environ vingt-quatre heures. Il est désormais certifié pour voler dans l’espace aérien métropolitain. Ministère des Armées

La question n’est pas de transformer les incendies en opération militaire.

Elle est beaucoup plus concrète :
avions-nous, au-dessus des grands feux, une capacité permanente d’observation donnant aux responsables, en temps réel, une image précise de la progression du feu et de la position des équipes ?

Pouvait-on voir quand un groupe de pompiers risquait d’être pris à revers ?
Pouvait-on suivre les changements de direction du front de feu ?
Pouvait-on savoir immédiatement où se trouvait chaque équipe engagée ?
Et si une équipe était menacée, disposait-on des moyens permettant de la dégager ou de la secourir rapidement ?

Deux sapeurs-pompiers sont morts à Mérignac le 21 juillet. Il serait irresponsable d’affirmer aujourd’hui que leur mort aurait pu être évitée. Mais il serait tout aussi irresponsable de ne pas se demander si tous les moyens techniques disponibles aujourd’hui étaient effectivement mis au service de ceux que l’on envoyait au contact du feu.

Connaissions-nous réellement le terrain ?

La même question se pose pour la forêt elle-même.
Nous savons photographier des millions de kilomètres de rues pour alimenter des services cartographiques accessibles à tous.

Pourquoi ne disposerions-nous pas, dans les grands massifs à risque, d’un inventaire numérique précis des pistes forestières, des points d’eau, des passages difficiles, des zones d’accès, des pentes, des coupures possibles, mis à jour régulièrement ?

Une campagne en hiver. Une autre au printemps.
Il serait alors possible de savoir avant l’incendie quelles pistes sont praticables, quels ouvrages doivent être entretenus et où les engins lourds peuvent passer.

L’objectif n’est pas de collectionner les cartes.
L’objectif est de ne pas découvrir le terrain en même temps que le feu.

Pourquoi chercher les volontaires pendant l’incendie ?

Pendant la crise, les agriculteurs ont été invités à se signaler auprès de la Chambre d’agriculture pour proposer leurs citernes et leurs matériels. La préfecture a ensuite réquisitionné certaines entreprises de travaux agricoles. Gironde Gouv

Leur mobilisation a été précieuse.

Mais une autre question apparaît immédiatement :
pourquoi devait-on organiser ce recensement alors que le feu brûle déjà ?

Dans un territoire forestier exposé chaque été, les services chargés de la lutte contre les incendies ne devraient-ils pas connaître à l’avance les agriculteurs volontaires, les citernes disponibles (capacité, nombre), les entreprises équipées, les engins forestiers, les bulldozers, les points d’eau et les personnes connaissant parfaitement les pistes ?

Même question pour les forestiers.
Ils connaissent les massifs, les accès, les vents locaux, la végétation et les chemins.

Pourquoi leur connaissance du terrain ne serait-elle pas intégrée, avant la saison, dans l’organisation opérationnelle ?

Qui commande vraiment ?

Et puis il vient la question de l’organisation.

La région Nouvelle-Aquitaine est immense. Les Landes et la Gironde appartiennent à cette région. Les feux, eux, ignorent les frontières administratives.

Alors pourquoi la lutte globale contre les grands incendies n’est-elle pas organisée à l’échelle régionale ?

Pourquoi faut-il plusieurs étages de décision et de coordination ?

Pourquoi les départements disposent-ils de leurs moyens, puis faut-il ajouter des niveaux supplémentaires lorsque le feu dépasse leurs frontières, puis encore remonter pour accéder à certains moyens nationaux ?

Ce n’est pas une question juridique.
C’est une question d’efficacité.

Si les régions ont été créées comme de grands territoires capables d’organiser et de coordonner l’action publique, pourquoi ne disposent-elles pas d’un véritable centre de commandement capable de voir en permanence l’ensemble des hommes, des matériels, des avions, des réserves et des risques sur leur territoire ?

Un grand feu devrait rencontrer une chaîne de commandement claire.
Pas un empilement administratif.

Et derrière le front du feu ?

Une opération de cette ampleur ne se limite pas à envoyer des hommes et des camions.
Au 30 juillet, la préfecture recensait déjà 231 pompiers blessés ; le 1er août, le chiffre dépassait 330. Gironde Gouv

Cela pose aussi la question de l’arrière.
Comment les relèves étaient-elles organisées ?
Où les pompiers pouvaient-ils réellement se reposer, manger, se réhydrater, être examinés après plusieurs heures dans les fumées et la chaleur ?
Quels moyens médicaux étaient immédiatement disponibles ?
Quels traitements étaient prévus pour ceux qui avaient inhalé des fumées ou subi des brûlures ?

Là encore, il ne s’agit pas d’affirmer que rien n’existait.

Il s’agit de savoir si ces dispositifs étaient prévus, dimensionnés et organisés à l’avance, ou s’il a fallu les construire au fur et à mesure.

240 maisons détruites

Le bilan provisoire a fait état de 240 habitations détruites lors de l’incendie de Saumos. Gironde Gouv

Le feu était exceptionnel. Les conditions météorologiques étaient extrêmement défavorables. Tout n’était certainement pas évitable.

Mais c’est précisément pour cela qu’un véritable retour d’expérience doit répondre à une question difficile :
quelles pertes étaient inévitables, et lesquelles auraient pu être évitées avec davantage de préparation, de surveillance, de moyens disponibles ou une organisation différente ?

Cette question n’accuse pas les pompiers.
Elle protège ceux que nous envoyons au feu.

En avons-nous pour notre argent ?

Les Français paient énormément sous forme d’impôts, de taxes, de cotisations et de contributions diverses.
Une partie de cet argent sert à financer ce que chacun ne peut assurer seul : la sécurité, les secours, la protection contre les catastrophes.

La question n’est donc pas seulement : combien payons-nous ?

La question est : l’argent est-il bien utilisé pour nous protéger ?

Et, après l’été 2026, nous sommes en droit d’en douter suffisamment pour demander des réponses précises.

L’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dit quelque chose d’extraordinairement simple :
« La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. » Légifrance

Demander des comptes ne consiste pas à chercher un bouc émissaire. Cela consiste à demander :
Qu’avions-nous prévu ? Qu’avions-nous réellement ? Qu’est-ce qui a fonctionné ? Qu’est-ce qui a manqué ? Et qu’allons-nous corriger avant l’été prochain ?

C’est cela, le retour d’expérience.

Une loi votée après la catastrophe pourra peut-être améliorer l’avenir.

Mais la vraie question reste entière : pourquoi a-t-il fallu attendre le feu pour découvrir ce qui n’était pas prêt ?

Si un feu peut être imprévisible.
Notre préparation ne devrait pas l’être.

Reprendre la main, c’est aussi demander des comptes sur la manière dont le pays se prépare.

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