Je suis Jean-Louis Belaud. Je suis ingénieur agronome et, dans ma carrière, j’ai dirigé des entreprises et travaillé comme consultant en organisation industrielle.
Si je prends la parole aujourd’hui, c’est parce que notre pays va mal, et aussi, parce que, comme beaucoup de gens de ma génération, je me sens responsable d’avoir laissé faire.
Depuis quarante ans, ceux qui nous ont gouvernés ont souvent choisi la facilité : emprunter, ajouter, repousser. Quand un problème apparaissait, on créait une aide, une règle ou un dispositif supplémentaires. Et quand l’argent ne suffisait plus, on empruntait. C’était plus facile que de trancher. L’argent a servi pour dissimuler l’incapacité à décider, à arbitrer, parce que cela aurait pu compromettre une position politique ou une nomination espérée.
Résultat : l’industrie a reculé, la dette a monté, les services publics se sont dégradés, nos dépendances se sont accumulées.
Voilà l’état du pays.
Certains regardent ça et disent : la France, c’est fini, la pente est prise, il n’y a plus rien à faire.
C’est faux. Moi, je ne le crois pas. C’est la raison de ma prise de parole.
Le problème n’est pas qu’on manque de ressources.
Le problème n’est pas qu’on manque d’intelligence ou de compétence.
Le problème est que ceux qui ont eu le pouvoir n’ont pas eu le courage de décider. Et, dans le même temps, ils ont arrêté d’écouter ceux qui savaient réellement.
Aujourd’hui, Ceux qui enseignent savent ce qui empêche l’école de transmettre. Ceux qui soignent savent où la médecine s’asphyxie. Ceux qui nous protègent, qui produisent, qui bâtissent, qui rendent la justice — chacun voit précisément ce qui ne marche pas et pourquoi.
Même les maires, ils savent ce que c’est que d’essayer de faire fonctionner une commune entre les règles venues d’en haut et les besoins du terrain.
Vous savez. On a juste cessé de vous demander.
Pendant toutes ces années, beaucoup avaient compris cette situation.
Ceux qui se sont abstenus.
Ceux qui ont voulu tout dégager.
Ceux qui se sont juste repliés sur eux-mêmes pour protéger ce qu’ils avaient.
Chacun avait compris une partie du problème.
Le système ne fonctionnait pas comme il aurait dû fonctionner. Mais identifier l’échec n’est que la première étape. La question maintenant est : qu’est-ce qu’on en fait ?
Il n’y aura pas de redressement sans vous. C’est impossible. Pas un gouvernement, pas une administration, pas un ministre ne pourra redresser le pays en restant enfermé dans ses certitudes. C’est à vous, de dire ce que vous voulez changer, ce que vous voulez préserver, et jusqu’où vous êtes prêts à aller.
Rien n’est perdu parce que la vraie puissance du pays, ce n’est pas celle qui se trouve à Paris dans quelques bureaux.
C’est vous. Vous qui savez. Vous qui voyez. Vous qui pouvez faire.
Soit, vous reprenez votre place. Vous regardez les choses. Vous dites ce qui ne marche pas. Vous exigez qu’on fasse autrement. Vous suivez et vous vérifiez.
Soit, d’autres décideront à votre place.
Certains prétendront tout régler d’en haut, rapidement, brutalement, sans vous demander votre avis. Et ceux qui sont les plus fragiles seront les premiers à en subir les conséquences.
Ça s’est déjà vu. Ça peut encore arriver. La fenêtre des possibilités pour transformer le pays ne restera pas ouverte indéfiniment. Le moment est venu.
Il n’y a rien d’exaltant, à écouter un candidat, un ancien dirigeant ou le gouvernement vous faire des promesses.
Ce qui change tout, c’est lorsque vous pouvez vous impliquer et dire : voilà ce qui ne marche pas, voilà ce que nous voulons changer, et voilà comment nous vérifierons ce qui a changé.
C’est exigeant ? Bien sûr.
Ça prend du temps ? Oui.
Mais c’est comme cela qu’un pays retrouve la maîtrise de son destin. Et c’est cela qui peut être exaltant.
Pas parce que ça va être facile.
Pas parce que quelqu’un vous promet que tout ira bien.
Parce que cette fois, on va avoir besoin de nous.
De ce que nous savons.
De ce que nous voyons.
De ce que nous voulons transmettre.
Cette fois-ci, rien de solide ne se reconstruira sans nous.
Alors le moment est venu. Je vous propose de passer à l’action.
Osons.
Osons reprendre la main.