Reprendre la main

Les citoyens ne peuvent pas demander davantage de responsabilité aux dirigeants s’ils renoncent eux-mêmes à comprendre les choix collectifs.

Pendant plusieurs décennies, le débat public s’est concentré sur les programmes, les alternances et les personnalités. Les gouvernements ont changé, les majorités se sont succédé, les réformes se sont accumulées, mais un même sentiment s’est progressivement installé : celui d’une perte de maîtrise. Beaucoup de Français ont le sentiment que leur travail produit de moins en moins d’effets sur leur niveau de vie, que leur vote influence de moins en moins les grandes orientations du pays et que les décisions qui engagent leur avenir sont prises loin d’eux, selon des logiques qu’ils ne comprennent plus.

Reprendre la main est né de ce constat. Il ne s’agit pas d’un slogan électoral. Il ne désigne ni une alternance politique, ni un programme de gouvernement. Il propose une manière différente de penser la démocratie, l’action publique et la responsabilité.

La première idée est que la liberté politique ne se réduit pas au droit de voter. Une démocratie vivante suppose que les citoyens puissent comprendre les choix qui sont faits en leur nom, participer à leur élaboration lorsque cela est possible, contrôler leur mise en œuvre et demander des comptes à ceux qui les ont décidés. Le vote demeure essentiel, mais il ne suffit plus à lui seul à garantir la maîtrise du destin collectif.

La deuxième idée est que chaque décision doit être prise au niveau où elle est à la fois la plus légitime et la plus efficace. Les décisions qui concernent directement la vie quotidienne doivent être rapprochées des citoyens et des territoires qui en subissent les conséquences. À l’inverse, les choix qui engagent la souveraineté nationale, les grandes infrastructures, la défense, les capacités industrielles ou la stratégie de long terme relèvent de la responsabilité nationale. Reprendre la main ne signifie donc pas centraliser davantage ; cela signifie répartir les responsabilités au niveau où elles peuvent être pleinement exercées.

La troisième idée est que le rôle du gouvernement doit être repensé. Gouverner ne consiste pas à administrer chaque détail de la vie du pays. Le gouvernement a pour mission de fixer les grandes orientations, d’organiser les coopérations nécessaires à leur réalisation, de rendre les arbitrages compréhensibles et d’assumer devant les citoyens les résultats obtenus. L’administration, pour sa part, apporte son expertise, assure la continuité de l’État et met en œuvre les décisions prises démocratiquement. La distinction entre la décision politique et l’exécution administrative constitue une condition essentielle de la responsabilité publique.

La quatrième idée est que l’action publique ne doit plus être organisée principalement autour des structures administratives héritées de l’histoire. Elle doit partir des capacités que la Nation souhaite posséder et transmettre. Produire, former, innover, protéger, soigner, nourrir, défendre, rechercher, transporter ou maîtriser les technologies stratégiques constituent des capacités nationales. Elles dépassent les frontières administratives des ministères et supposent une coopération permanente entre l’État, les collectivités, les entreprises, les établissements de recherche, les associations et les citoyens. L’organisation des institutions doit servir ces capacités plutôt que l’inverse.

La cinquième idée est que toute politique publique doit pouvoir être évaluée. Une décision n’est jamais définitive parce qu’elle a été votée. Elle doit être régulièrement confrontée à ses résultats, à ses conséquences et à ses effets à long terme. Gouverner consiste autant à corriger qu’à décider. La responsabilité politique implique d’accepter cette évaluation permanente et d’adapter les politiques lorsque les objectifs ne sont pas atteints.

La sixième idée est que la puissance d’un pays repose d’abord sur ses capacités productives. Une Nation qui ne produit plus suffisamment perd progressivement sa liberté d’action. Sa souveraineté dépend alors des choix des autres. Reprendre la main suppose donc de reconstruire les capacités qui permettent à la France de décider durablement de son avenir : ses compétences, son industrie, son énergie, son agriculture, sa recherche, sa défense, ses infrastructures, sa capacité d’innovation et la solidité de ses finances publiques.

Enfin, Reprendre la main repose sur une conception exigeante de la responsabilité. Les citoyens ne peuvent pas demander davantage de responsabilité aux dirigeants s’ils renoncent eux-mêmes à comprendre les choix collectifs. Les dirigeants, de leur côté, ne peuvent pas demander des efforts durables s’ils refusent d’expliquer leurs arbitrages ou de rendre des comptes. La démocratie est une responsabilité partagée. Elle suppose des citoyens attentifs, des institutions lisibles et des gouvernants qui acceptent que leur légitimité repose autant sur la confiance que sur la légalité.

Reprendre la main ne promet ni un monde sans difficultés, ni des solutions simples. Cette doctrine affirme seulement qu’un peuple libre doit conserver la capacité de comprendre les choix qui l’engagent, de participer à leur élaboration, d’en contrôler l’exécution et de les corriger lorsque l’expérience montre qu’ils ne produisent pas les résultats attendus. Une démocratie n’est pleinement vivante que lorsqu’elle permet à une nation de demeurer l’auteur de son propre destin.

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