Oser choisir la France

Avant de choisir un candidat, commençons par choisir le pays dans lequel nous voulons vivre. Ce que nous voulons préserver, reconstruire et transmettre doit redevenir le point de départ de la décision politique. Choisir la France, c’est d’abord définir ensemble ce qui nous est essentiel.

Il y a plus de vingt ans, les Français ont été interrogés sur un projet européen pour leur pays. Ils l’ont rejeté.

Ce vote ne signifiait pas que la France refusait l’Europe. Il signifiait qu’une majorité de Français refusait la construction européenne telle qu’elle lui était proposée.

Trois ans plus tard, les dirigeants français ont décidé de passer outre.

Ils en avaient les moyens juridiques. Ils les ont utilisés. La trajectoire européenne s’est poursuivie. Mais le désaccord apparu en 2005, lui, n’a jamais disparu.

Nous vivons depuis vingt ans avec cette fracture.

Nos dirigeants ont continué de considérer que l’avenir de la France passait nécessairement par une intégration européenne toujours plus poussée. Ils ont négocié les règles, accepté les contraintes, transposé les décisions, compensé parfois leurs conséquences et poursuivi leur chemin sans jamais revenir devant les Français pour vérifier qu’ils voulaient toujours les suivre.

Ils ne pouvaient ignorer le risque.

Reposer franchement la question européenne, c’était prendre le risque d’entendre à nouveau le refus de 2005. C’était surtout ouvrir une question beaucoup plus profonde : quelle France les Français veulent-ils préserver, construire et transmettre au sein de l’Europe ?

Cette question n’a jamais été tranchée.

Il est temps qu’elle le soit.

Car vingt ans ont passé. Vingt ans pendant lesquels ceux qui avaient choisi cette trajectoire ont gouverné la France.

Ils nous promettaient davantage de puissance, de prospérité et de protection.

Regardons le résultat.

La France s’est lourdement endettée. Son industrie s’est affaiblie. Ses prélèvements ont augmenté. Ses services essentiels sont en difficulté. Elle cherche aujourd’hui comment financer ses retraites, sa santé, sa défense et les investissements considérables dont elle aura besoin demain.

L’Europe n’est pas responsable de tous nos échecs.

Nos gouvernants, eux, sont responsables de la France.

Ils ont gouverné. Ils ont dépensé. Ils ont emprunté. Ils ont négocié et appliqué les règles européennes. Ils ont demandé aux Français d’accepter cette trajectoire en leur promettant qu’elle rendrait leur pays plus fort.

Alors, vingt ans plus tard, la question est simple :

Qu’avez-vous fait de la promesse ?

La réponse est devant nous.

Nos gouvernants ont failli à la France.

Et c’est précisément au moment où le résultat de ces choix apparaît que l’on vient nous expliquer qu’il va maintenant falloir faire des sacrifices.

La France devra effectivement faire des choix difficiles. Elle devra retrouver des marges de manœuvre, produire davantage de richesse, reconstruire son industrie, financer sa défense, préparer la révolution technologique, protéger ses engagements sociaux et remettre debout ses services essentiels.

Cela demandera du temps. Cela demandera de l’argent. Cela exigera surtout des arbitrages.

Mais on ne peut pas demander à un pays de consentir de nouveaux efforts sans lui dire d’abord où on veut l’emmener.

Quelle France voulons-nous ?

Voilà la question.

Elle ne signifie ni sortir de l’Europe, ni abandonner davantage notre souveraineté. Elle signifie simplement remettre les choses dans leur ordre.

La France doit d’abord définir ses intérêts, ses ambitions et ce qu’elle veut protéger.

Ensuite, elle pourra décider de ce qu’elle veut construire avec ses partenaires européens.

La France d’abord ne signifie pas la France seule.

Cela signifie que ceux qui gouvernent la France reçoivent leur mandat des Français et que leur première responsabilité est de défendre les intérêts du pays.

L’Allemagne le fait. D’autres nations européennes le font. Pourquoi la France serait-elle la seule à considérer la défense de ses intérêts comme une faute contre l’Europe ?

C’est l’inverse.

L’Europe ne sera forte que si les nations qui la composent le sont.

Une France affaiblie affaiblit l’Europe. Une France qui retrouve sa capacité de produire, d’innover, de décider et de défendre ses intérêts la renforce. Nous devons donc changer l’ordre des priorités.

Une France forte pour une Europe forte.

Et avant la prochaine élection, avant les programmes, avant les alliances et les calculs du second tour, une question doit enfin revenir devant les Français :

Dans quelle France voulons-nous vivre dans dix ou quinze ans ?

C’est à cette question que je vous propose de réfléchir.

Car avant de choisir celui qui gouvernera la France, choisissons la France.

Osons choisir la France.

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