REPRENONS LA MAIN

Nous avons assez différé. Assez compensé. Assez repoussé les choix. Le temps des arbitrages est venu.

Depuis plus de quarante ans, des gouvernants de tous bords se sont succédé à la tête du pays.

Pendant ce temps, notre industrie a reculé. Des productions essentielles ont quitté le territoire. De nouvelles dépendances se sont installées et notre capacité de décision s’est réduite.

Des réformes nécessaires n’ont pas été faites quand il l’aurait fallu. D’autres ont été retardées, mal préparées ou abandonnées dès qu’elles devenaient politiquement difficiles.

Trop souvent, la même réponse s’est imposée : dépenser, compenser, subventionner, emprunter. La dette a ainsi permis d’acheter du temps.

Elle n’a jamais réglé les problèmes.

Aujourd’hui, beaucoup sont toujours là et une dette immense s’est accumulée. Des décisions prises depuis des années engagent aussi l’avenir, parfois pour des décennies. Elles réduisent nos marges de manœuvre et pèseront sur ceux qui gouverneront demain.

Si nous continuons ainsi, d’autres finiront par décider à notre place.

Devons-nous attendre l’urgence pour subir les décisions que nous n’aurons pas su prendre nous-mêmes ?

Non. Notre déclin n’est pas une fatalité.

Nous disposons encore de compétences, de savoir-faire, d’entreprises, de chercheurs, d’ingénieurs, d’ouvriers, d’agriculteurs, de fonctionnaires et d’entrepreneurs. Notre territoire et notre domaine maritime offrent des ressources considérables.

Nous n’avons pas perdu tous nos moyens. Nous avons perdu une direction.

Un pays ne se gouverne pas seulement en administrant le présent. Il se gouverne en sachant où il veut aller.

À force de réparer aujourd’hui ce qui avait été défait hier, de remettre en cause demain ce qui vient d’être décidé, de compenser les difficultés plutôt que d’en traiter les causes, nous avons fini par confondre gouverner et tenir.

Cela doit cesser.

Il faut retrouver une ambition : être libres de décider, capables de produire, de protéger les nôtres et de transmettre à nos enfants davantage de possibilités que nous n’en avons reçues.

Dans les mois qui viennent, beaucoup parleront d’économies, de souveraineté, d’autonomie, d’indépendance et de réformes.

Les mots et les chiffres ne suffiront plus.

Annoncer des milliards d’économies est facile. Faire en sorte que la dépense ne soit plus nécessaire est beaucoup plus difficile.

Car une dépense que l’on supprime sans traiter ce qui la justifiait finit par revenir, sous une forme ou sous une autre.

La véritable économie commence lorsque nous n’avons plus besoin de faire la dépense. C’est pourquoi on ne réforme pas une dépense : on réforme ce qui la rend nécessaire.

Pendant trop longtemps, lorsqu’un problème apparaissait, nous avons ajouté une aide, une règle, une compensation, une structure ou de l’argent. Le problème semblait réglé. Sa cause demeurait.

Les dépenses se sont ainsi accumulées. Les règles se sont empilées. La bureaucratie s’est épaissie. Et, peu à peu, le pays a perdu la maîtrise de son propre fonctionnement.

Le redressement ne pourra donc pas se résumer à quelques coupes décidées d’en haut. Certaines dépenses peuvent certainement être supprimées rapidement. Il faudra le faire.

Mais la réforme véritable sera plus exigeante : comprendre pourquoi nous dépensons, identifier les dysfonctionnements, traiter leurs causes, simplifier les organisations, mesurer les résultats et vérifier qu’en réglant un problème nous n’en créons pas un autre ailleurs.

Ce travail prendra du temps. Il demandera de la constance.

Et surtout, il ne pourra pas être accompli sans ceux qui connaissent les réalités du terrain.

Ceux qui travaillent dans les administrations, les entreprises, les collectivités et les services publics savent souvent où se trouvent les absurdités, les doublons, les normes inutiles, les procédures qui ralentissent tout et les organisations qui pourraient fonctionner autrement.

Ils doivent pouvoir le dire. Les citoyens qui utilisent et financent ces services doivent pouvoir demander ce qu’ils obtiennent en échange de leur argent.

Les problèmes doivent pouvoir remonter.

Les réponses doivent être expliquées.

Les résultats doivent être mesurés.

C’est aussi cela, reprendre la main.

Nous avons trop longtemps cru qu’il suffisait de confier le pays à quelques-uns et de leur faire confiance.

J’ai moi-même une part de responsabilité. Comme beaucoup de ma génération, j’ai travaillé, construit une famille, élevé mes enfants, tenu mes engagements. J’ai pensé que, pendant ce temps, d’autres veillaient.

Nous avons oublié une règle essentielle : la confiance exige le contrôle.

Des principes avaient pourtant été posés pour cela.

Ceux de 1789 devaient empêcher que le pouvoir puisse prélever, engager et décider sans rendre compte. Ils donnaient aux citoyens des droits simples : comprendre la nécessité de l’impôt, y consentir, en suivre l’emploi et demander des comptes.
Ces principes devaient protéger le pays contre l’éloignement du pouvoir.

Peu à peu, ils ont été contournés dans leur esprit. La légalité est restée. Le consentement s’est éloigné.

En 2005, le peuple a été consulté. Il a répondu non.

En 2008, on a poursuivi autrement.

Au lieu de rechercher avec les citoyens une autre voie, on a considéré qu’il était possible de continuer malgré eux, et parfois contre eux.

Cette rupture a laissé une trace profonde.

On demande toujours au peuple de travailler, de cotiser, de payer et de rembourser. Mais on lui fait beaucoup moins confiance lorsqu’il s’agit de décider.

Cela aussi doit changer.

Le consentement ne signifie pas organiser un vote sur tout et en permanence. Mais on ne peut consentir à ce que l’on ne connaît pas.

Les grands choix, leurs coûts, leurs conséquences et les alternatives possibles doivent être exposés avant d’être décidés. Le débat doit redevenir public. Les objections doivent pouvoir être entendues. Ceux qui décident doivent répondre.

Puis il faut arbitrer, agir et rendre compte.

C’est ainsi que la confiance pourra être reconstruite.

Il faudra réformer profondément notre organisation, retrouver des comptes soutenables, reconstruire nos capacités productives, réduire nos dépendances et retrouver des marges de manœuvre.

Mais ces arbitrages devront être les nôtres. Ils ne devront pas nous être imposés demain par l’urgence, par nos créanciers ou par des engagements devenus impossibles à remettre en cause.

Les citoyens n’ont pas démérité. Ils ont travaillé, cotisé, payé. Ils ont supporté les crises, les restructurations, les erreurs et souvent le coût de leur correction.

On ne peut pas leur présenter aujourd’hui la facture comme s’ils avaient eux-mêmes décidé de tout ce qui nous a conduits jusqu’ici.

Reprendre la main, c’est rompre avec cette manière de gouverner.

  • C’est traiter les problèmes au lieu de les financer indéfiniment.
  • C’est exiger des comptes compréhensibles.
  • C’est faire remonter les réalités du terrain.
  • C’est accepter la discussion, mais refuser que la discussion serve éternellement à empêcher la décision.
  • C’est redonner de l’initiative à ceux qui savent, à ceux qui font, à ceux qui vivent quotidiennement les conséquences des décisions prises loin d’eux.

Ceux qui ont accompagné pendant des années l’affaiblissement du pays ne peuvent pas simplement revenir aujourd’hui en promettant qu’ils sauront réparer demain ce qu’ils n’ont pas su empêcher hier.

Ceux qui ont failli doivent savoir passer la main.

D’autres idées, d’autres méthodes et d’autres volontés doivent pouvoir émerger.

Car il ne s’agit pas seulement de réparer ce qui a été perdu. Il faut préparer le monde qui vient.
Un monde plus instable, dans lequel l’énergie, les matières premières, l’alimentation, les technologies, l’industrie et les ressources redeviennent des instruments de puissance et de liberté.

Certaines décisions devront produire des résultats rapidement.

D’autres demanderont dix ou quinze ans. Mais une direction doit être choisie et tenue.

Voilà l’enjeu de 2027.

Le premier tour ne doit plus seulement servir à désigner les deux survivants d’une compétition entre personnalités.

Il doit permettre de faire apparaître une véritable majorité de consentement.

Celui ou celle qui conduira le pays devra disposer d’une légitimité assez forte pour accomplir des réformes trop longtemps repoussées.

Pas seulement la légitimité du meilleur second.

Pas seulement celle d’un vote de rejet.

Une adhésion positive, massive, construite avant l’élection autour des choix à accomplir.

Pour cela, il faut commencer maintenant.

  • Définir le pays que nous voulons.
  • Dire ce que nous voulons protéger.
  • Ce que nous voulons reconstruire.
  • Ce que nous sommes prêts à financer.
  • Ce que nous acceptons de transformer.
  • Et les efforts que nous sommes prêts à accomplir.

Puis confier à ceux qui gouverneront un mandat clair. Et les contrôler.

Nous avons assez différé.

Assez compensé.
Assez repoussé les choix.

Le temps des arbitrages est venu.

Cette fois, faisons-les nous-mêmes.
Et donnons-nous les moyens de remettre la France debout.

Reprenons la main.

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