La Mine sociale

Prestations et financements

Lecture reconstruite du périmètre privé + indépendants.

Cette page présente une lecture simplifiée des prestations sociales et de leurs financements dans ce que nous appelons ici la mine sociale : le périmètre privé + indépendants, c’est-à-dire la partie productive privée qui alimente une grande partie du système social et qui reçoit, directement ou indirectement, une part importante des prestations.

Cette lecture n’est pas une comptabilité publique officielle.

Elle sert à rendre visible une mécanique : ce qui est servi, ce qui est prélevé, ce qui est recyclé, et ce qui finit par être bouclé par d’autres ressources ou par la dette.

Tableau 1 — Prestations réelles prises en charge

Ce que la société française prend effectivement en charge sur le périmètre « mine sociale ».

Convention de lecture : on reste sur la carte des sorties telle qu’elle a été retenue pour le périmètre privé + indépendants.

On ne redécompose pas en ALD, dépendance ou chroniques lourdes “en plus” si ces éléments sont déjà inclus dans les blocs santé, invalidité ou grand âge.

BlocNature des prestationsMontant annuel estiméRemarques
AVieillesse + survie≈ 302,0 Md€Pensions privées, base, complémentaire, réversion
BSanté + invalidité≈ 293,4 Md€Dont retraités ≈ 171,6 Md€ ; actifs ≈ 121,8 Md€
CFamille≈ 44,3 Md€Prestations familiales sur le périmètre retenu
DChômage≈ 37,8 Md€Prestations chômage, flux de sorties du périmètre
ELogement≈ 14,5 Md€Aides au logement rattachées au périmètre
FFormation / apprentissage≈ 4,2 Md€Formation professionnelle, apprentissage
GMobilité≈ 11,3 Md€Versement mobilité et dispositifs assimilés selon la carte retenue
HPauvreté / dispositifs divers≈ 32,2 Md€RSA et dispositifs assimilés sur le périmètre

Total prestations réelles prises en charge : ≈ 740,2 Md€

Remarque de périmètre

Ce total vise à représenter ce qui est servi, versé ou pris en charge sur notre périmètre reconstruit.

Il ne s’agit pas d’une comptabilité publique officielle.

Il s’agit d’un outil de lecture permettant de suivre les grandes masses sociales avant de les replacer dans la machine consolidée de l’État, de la Sécurité sociale, des collectivités, des recyclages et de la dette.


Tableau 1 bis — Lecture “assurable / solidarité / inassurable”

Cette seconde lecture ne rajoute pas de dépenses.

Elle classe les blocs précédents pour comprendre leur nature.

CatégorieContenuCommentaire
Assurable — cœur historiquePartie “maladie actifs” ≈ 121,8 Md€ + une partie des pensions contributivesLogique assurancielle classique : on cotise pour couvrir un risque ou ouvrir un droit
SolidaritéPauvreté / dispositifs divers ≈ 32,2 Md€, une part famille, une part logementRelève davantage de transferts décidés politiquement
Inassurable au sens strictSous-ensemble du paquet santé : ALD, maladies chroniques lourdes, dépendance lourdeÀ traiter comme un “dont”, jamais comme une ligne additionnelle

Note importante

L’inassurable n’est pas une dépense supplémentaire.

C’est un sous-ensemble du paquet santé.

On l’isole pour raisonner, pas pour additionner.


Tableau 2 — Financements reconstruits

D’où vient l’argent sur le périmètre mine sociale + bouclage.

Source de financementMontant annuel estiméLogique
Ressources primaires productives — privé + indépendants≈ 859,4 Md€Extraction primaire : travail, fiscalité primaire, consommation, selon la convention retenue
Hors primaire : recettes propres + recyclages≈ 462,3 Md€Fermeture de boucle : recyclages, retours, taxes sur flux redistribués, recettes propres de l’État
Total ressources reconstruites hors emprunt≈ 1 321,6 Md€Photographie consolidée du modèle avant emprunt

Note de lecture

Le “hors primaire” ne crée pas de richesse nouvelle au même sens que la production primaire.

Il fait tourner la machine : retours, recyclages, fiscalité sur des flux déjà distribués, taxes sur consommation, recettes propres et effets de boucle.

L’emprunt, lui, ne doit pas être traité comme un financement ordinaire.

Il intervient comme variable de fermeture lorsque les ressources primaires et les boucles internes ne suffisent plus à couvrir la totalité de la dépense consolidée.


Annexe — Lecture croisée

Comprendre le “faux déficit” de la santé

1. Les soins des actifs ne sont pas le trou principal

Dans notre carte, la santé des actifs du périmètre privé représente environ : ≈ 121,8 Md€

La santé totale du périmètre atteint environ : ≈ 293,4 Md€

L’écart vient du fait que le paquet santé ne contient pas seulement les soins courants des actifs.

Il contient aussi la dépense liée au grand âge, aux retraités, aux invalidités, aux maladies lourdes et aux composantes les plus difficiles à piloter comme une assurance classique.

Le débat public dit souvent : “la santé explose”.

Mais cette formule brouille plusieurs réalités.

Ce qui augmente, ce n’est pas seulement le soin courant des actifs.

C’est aussi l’élargissement du paquet pris en charge : grand âge, chroniques lourdes, dépendance, soins longs, dispositifs attachés à des situations durables.

2. Le déficit apparaît quand on mélange assurance et paquet global

Le discours public mélange sous un même mot — “la santé” — des réalités très différentes :

  • les soins courants ;
  • les maladies chroniques ;
  • les affections lourdes ;
  • le grand âge ;
  • la dépendance ;
  • certains dispositifs non contributifs ;
  • les restes de solidarité politique.

Notre méthode refuse ce brouillage.

Elle décrit d’abord le paquet global : ≈ 293,4 Md€

Puis elle cherche à le classer :

  • ce qui ressemble encore à de l’assurance ;
  • ce qui relève de la solidarité ;
  • ce qui devient difficilement assurable au sens strict.

3. L’inassurable doit rester un “dont”

Dans le chapitre consacré aux anciens, un repère a été utilisé : ≈ 40 Md€ de composante lourde, notamment ALD, maladies chroniques et prises en charge lourdes, à l’intérieur de la dépense santé des anciens.

Ce chiffre ne doit pas être additionné au total santé.

Il sert à comprendre pourquoi une partie du paquet ne peut plus être pilotée comme une assurance classique.

On ne s’assure pas de la même manière contre un accident ponctuel, une grippe, un arrêt de travail temporaire, une dépendance lourde ou une maladie chronique de longue durée.

L’assurance fonctionne bien quand le risque est identifiable, mutualisable et relativement borné.

Elle devient plus fragile lorsque le risque devient massif, durable, certain pour une grande partie de la population vieillissante, et politiquement impossible à exclure.

Conclusion de l’annexe

Cette lecture montre trois choses.

Premièrement, la mine sociale — périmètre privé + indépendants — sert environ : ≈ 740,2 Md€ de prestations, transferts ou prises en charge.

Deuxièmement, les ressources primaires productives du même périmètre atteignent environ : ≈ 859,4 Md€.

Ce point explique pourquoi, isolée du reste de la machine publique, la redistribution privée peut sembler tenir.

Troisièmement, le débat sur le déficit apparaît vraiment lorsqu’on quitte ce périmètre isolé et qu’on regarde la machine consolidée : État, Sécurité sociale, collectivités, recyclages, contribution européenne, dépenses de fonctionnement, intérêts de la dette, emprunt de bouclage.

C’est là que les 462,3 Md€ de ressources hors primaire et la dette deviennent des variables d’ajustement.

La question politique devient alors :

Pourquoi le bulletin de paie est-il devenu le collecteur central de politiques qui relèvent en réalité, pour une part croissante, du budget général et de la solidarité nationale ?

© 2026 Jean-Louis Belaud — Éditions Le Sursaut.
Sources et compléments du livre Le Salaire confisqué.
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