Oui, la France reste un pays riche. Mais toute richesse n’est pas disponible.
Un logement, une terre, un bâtiment public, une infrastructure, une église, une route, un hôpital ou une maison familiale constituent une richesse. Mais cette richesse ne peut pas être transformée chaque année en recettes courantes sans changer brutalement le régime de propriété, vendre l’héritage ou nationaliser ce qui reste.
La France a déjà connu, à la Révolution, une immense opération de transfert patrimonial avec les biens nationaux. Un tel geste ne se reproduit pas tous les siècles sans conséquences profondes sur la confiance, la propriété et le rapport entre l’État et la société.
Le sujet n’est donc pas de nier la richesse française. Il est de rappeler qu’un patrimoine accumulé ne remplace pas une richesse productive vivante. Un vieux pays peut rester riche en apparence tout en perdant ses marges, son industrie, sa liberté d’action et sa capacité à financer ses promesses.
Mais un pays peut rester riche tout en s’affaiblissant. Il peut perdre ses marges de manœuvre, sa profondeur industrielle, sa capacité de décision, sa liberté d’action et la cohérence entre sa parole et ses moyens.
C’est même le drame de certains vieux pays : ils vivent longtemps sur une richesse héritée pendant que leurs ressorts se défont. La richesse visible masque alors l’épuisement des mécanismes qui la rendaient possible.
Le sujet du livre n’est donc pas de nier ce qui existe encore. Il est de montrer ce qui se défait sous la surface.