Cette formule ne promet ni miracle ni grand soir. Elle désigne une attitude plus simple et plus exigeante : redevenir capable de comprendre, de questionner, de contrôler et de participer aux décisions qui engagent notre vie et notre avenir collectif.
Oser, c’est d’abord refuser l’intimidation permanente. C’est accepter de poser des questions simples sur des sujets que l’on présente trop souvent comme réservés aux experts, aux techniciens ou aux initiés.
Oser, c’est aussi retrouver une fierté tranquille : celle d’appartenir à un pays dont les principes méritent d’être défendus, compris et rendus effectifs.
Reprendre la main ne signifie pas tout renverser. Cela signifie retrouver une capacité d’action et de contrôle là où se sont installés le brouillard, l’automatisme, la dépendance et la résignation.
Mais reprendre la main, c’est aussi accepter une responsabilité. Une démocratie vivante ne repose pas seulement sur des dirigeants responsables ; elle repose sur des citoyens qui ne renoncent jamais complètement à leur droit de comprendre, de consentir et de demander des comptes.
Cette responsabilité commence près de nous. Elle concerne les décisions qui touchent notre vie quotidienne, notre commune, notre territoire, nos écoles, nos activités, notre environnement. Plus les décisions sont prises près de ceux qui en vivent les conséquences, plus elles peuvent être comprises, discutées et améliorées.
Elle s’étend ensuite à un niveau plus large. Reprendre la main, c’est aussi participer au choix du chemin que notre pays souhaite suivre : ce que nous voulons produire, transmettre, protéger, inventer, et la place que nous voulons tenir dans le monde.
Nous disposons déjà de textes puissants : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Constitution, les grands principes républicains. Le problème n’est pas d’écrire sans cesse de nouveaux principes. Le problème est d’exiger que ceux qui existent produisent encore les effets protecteurs pour lesquels ils ont été conçus.
Aucune Constitution ne sauve un pays si ceux qui la servent perdent le sens de leur responsabilité. Aucun principe ne reste vivant si les dirigeants cessent d’entendre le peuple, de lui parler clairement et de lui rendre des comptes.
Une démocratie vivante ne demande pas au citoyen d’être expert en tout. Elle lui demande de ne jamais abandonner entièrement sa capacité à comprendre, à participer et à exercer son jugement.
C’est cela, au fond, qu’appelle Reprendre la main.
© Jean-Louis Belaud — Éditions Le Sursaut. Tous droits réservés.
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